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Fichues racines de Marie-Claude PERNELLE - 28’

Extrait :

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Synopsis :

Viviane, d’origine guadeloupéenne, la quarantaine, vit seule dans un appartement HLM en région parisienne. Pour porter soin à sa mère cardiaque restée en Guadeloupe, Viviane décide de l’accueillir.

Or, presque totalement isolée, celle-ci a du mal à cohabiter. Viviane fait entrer progressivement sa mère dans un monde étrange, envahi de racines de plantes tropicales : une forêt sans issue.

Note d'intention

Gisèle Pineau obtient de nombreux suffrages auprès des lecteurs grâce à la combinaison permanente qu’elle arrive à créer entre réel et imaginaire. Les choix des comportements de ses personnages ou de ses dialogues ne sont pas anodins, ils soulèvent des problématiques quotidiennes de la vie des Antillais francophones pris entre identité et exil, assimilation et reconnaissance. Mais ce qui me donne envie de mettre en images ces récits, c’est l’espace qui est donné entre vérité et folie, l’emphase des interrogations quotidiennes à travers la démence des individus. Ainsi elle nous offre de jouer avec les faux-semblants, le doute, la remise en cause.

Dans cette nouvelle « Fichues racines » publiée dans un recueil de nouvelles caribéennes aux éditions Hoëbeke, Gisèle Pineau met en scène le rapport fille – mère dans l’émigration, la folie d’une fille qui ne peut digérer ses blessures d’enfance et ses origines culturelles.

LA PORTE : LA SEPARATION ENTRE DEUX MONDES Les deux mondes – le réel et la folie – sont séparés par une porte : la porte de la chambre, deux lieux dans un même appartement, physiquement identifiables. Cette porte est souvent fermée à clef. Cette porte doit symboliquement prendre une large place, être présente, mystérieuse. Ce qui m’importe en tant que scénariste en dehors de la traduction de l’émotion littéraire que m’a donné le récit, c’est de jouer sur l’indifférence que nous avons par rapport à ce type de femmes et aux personnes âgées. Il s’agit de l’indifférence des personnes qui l’entourent mais également celle du spectateur lui-même qui va comprendre à la fin que Viviane est en fait complètement folle. C’est elle qui voit des racines irréelles partout dans la chambre, de l’autre côté de la porte, et non la mère qui semble faire n’importe quoi par sénilité. La mère veut juste retrouver son pays, rentrer dans le réel du pays. La gestion des espaces a tenté d’imposer la porte comme zone de frontière entre le réel et l’irréel, entre la réalité du salon et le monde chargé d’hallucinations de Viviane. Les plantes envahissent la chambre et pénètrent peu à peu dans le salon, la forêt aussi. Viviane passe son temps à traverser, ouvrir et fermer la porte laissant sa mère couchée définitivement dans la chambre. La mère de Viviane, c’est la Guadeloupe, qui veut exister, mais on la séquestre et on ferme la porte à clefs dans l’exil.

LA SOLITUDE DE L’EXIL L’héroïne, Viviane, nous rappelle aussi tant de femmes antillaises, isolées dans les banlieues, n’ayant plus de liens avec leurs origines. J’ai ressenti souvent cette souffrance et cette solitude dans les tours d’immeuble de mon enfance. Mais pour ceux qui comme Viviane, n’ont plus d’attache, la solitude devient un fardeau ; elle n’arrive pas à se créer des liens nouveaux, vivant avec ses blessures du passé qui l’ont obligé à quitter une île qu’elle finit par détester.

C’est pour cela que le titre « Fichues Racines » est intéressant. Il reflète tous les états d’âme de cette immigration subie qui ne sait que faire de ses racines. Sujet d’actualité en France, cette problématique de l’exil, de l’intégration est en réalité fort complexe lorsqu’on la regarde à travers les parcours individuels et non les statistiques, d’où la force des œuvres d’art pour interroger, mettre en lumière, interpeller, humaniser.

LA MISE EN SCENE Mes choix esthétiques se sont plutôt dirigés vers une caméra intimiste, un décor réaliste et un surréalisme photographique, une composition où le détail compte. Le film doit permettre d’exploiter un imaginaire fantasmagorique au cœur du réel.

LE JEU DES COMEDIENNES Viviane : Lucile Kancel, Mère : Esther Myrthil, Sandrine : Stana Roumillac

Les répétitions et le tournage ont retenu toute notre attention pour préserver la continuité et l’évolution des caractères des femmes : la mère entre dureté et faiblesse, Viviane entre folie et conscience, et Sandrine, désinvolte sans vulgarité.

Viviane devait poursuivre des gestes et des paroles du quotidien tout en se laissant envahir par une folie douce, ici en métaphore avec le chant fredonné et le vert, puis l’eau, les plantes, les racines qui s’imposent de plus en plus. La folie n’est manifeste que lorsqu’elle rature ses notes de comptes et ses chèques et quand elle commence à ne plus communiquer avec sa mère.

MONTAGE Montage : Sandrine Trésor Tout le montage s’est construit autour du désir d’aller au plus fort des expressions des comédiennes et surtout autour des transitions entre les paysages de Guadeloupe et les images de l’appartement. La musique s’est montrée très vite essentielle pour rythmer le film, la mise en scène sonore ambitieuse ne peut se détacher en effet de la mise en scène visuelle.



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